Il y a des jours où je regarde mes photos comme si elles allaient m’échapper. J’ai envie de les protéger, de les envelopper dans du papier de soie tant elles me sont précieuses. Et, dans le même souffle, j’ai envie qu’elles partent, qu’elles voyagent, qu’elles vivent sur des murs que je ne verrai sans doute jamais.
Mais quel chemin choisir ?

Si j’en fais des tirages d’art, c’est pour offrir à mes photographies une forme de rareté. Des tirages en nombre limité, pensés comme des objets précieux. Mais la rareté a parfois un prix : celui de rester invisible. J’espère simplement qu’un jour ces images trouveront leur public. Et au fond de moi, il y a parfois cette crainte qu’elles restent longtemps rangées dans une boîte, parce que mon travail est encore peu connu.
Faire le choix de reproductions, c’est une autre approche. C’est permettre à ces photographies d’être plus accessibles, plus faciles à accueillir chez soi. Mes images voyagent alors davantage, s’accrochent sur des murs inconnus et vivent d’autres vies. Mais au fond de moi demeure la crainte qu’à force d’être multipliées, elles se banalisent et perdent un peu de leur âme.
« Cet équilibre entre partage et rareté est délicat à trouver. »
Peut-être que si ce n’étaient que des images, ce serait plus simple. Mais certaines m’ont coûté cher — pas en argent, mais en énergie. Je me souviens du froid qui mord, de la fatigue, des réveils glacés à l’aube. Je me souviens aussi de la solitude, et du courage qu’il m’a fallu pour quitter ma vie confortable et partir seule, loin, au bout du monde. Ces photos existent parce que j’ai osé affronter mes peurs.

Pour moi, elles portent le poids d’un long chemin parcouru et de tant d’efforts. Ce qu’on ne voit pas dans l’image : l’avant, l’après, les doutes, les routes désertes, la chaleur écrasante, le vent qui gifle, les doigts gelés… et cette petite victoire intime : « J’étais là, au bon moment. »
Ce dilemme, je ne suis sans doute pas la seule photographe à le connaître. Nous espérons tous, passionnés ou professionnels, percer un jour, réussir une grande carrière artistique et vivre de notre passion. Nous cherchons aussi à préserver une certaine crédibilité dans la manière d’exploiter nos photographies. Faut-il les garder précieuses, en rêvant d’une reconnaissance future, ou les faire vivre dès maintenant, quitte à ce qu’elles perdent un peu de leur aura ?
À ce jour, et comme beaucoup d’artistes dans l’ombre, mes photographies de voyage et de nature ne me rapportent rien, mais elles m’apportent énormément. Et je crois que c’est, avant tout, cela qui fait l’âme d’une artiste.
Et vous ? Si vous aviez une image chère à votre cœur, la garderiez vous rare et précieuse, ou la laisseriez vous parcourir le monde en milliers d’exemplaires ?
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